Le Bureau des Longitudes a bien voulu s'intéresser à l'ouvrage "L'Heure milésienne" de Louis-Aimé de Fouquières et a commandé fin 2017 une expertise à Patrick Rocher, spécialiste des calendriers à l'Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides (IMCCE, Observatoire de Paris). Le résultat de cette expertise a été transmis par courrier du 12 mars 2018.

Dans son rapport, Patrick Rocher définit le calendrier milésien comme un "calendrier solaire moyen avec les mêmes règles pour les années bissextiles que le calendrier grégorien", mais avec "une alternance des mois de 30 et 31 jours sur douze mois, le dernier mois pouvant avoir 30 ou 31 jours" (selon les années). Patrick Rocher reconnaît la qualité de calendrier à cette proposition, mais semble en ignorer les motivations tout au long de son commentaire.

 

Le rapporteur regrette que cette règle d'intercalation solaire ne soit pas celle du calendrier persan actuel, qui est fondée sur un cycle de 33 ans comprenant 8 années bissextiles. Il considère que le choix de l'auteur d'ajouter aux règles grégoriennes (les années multiples de 100 mais non de 400 ne sont pas bissextiles) la règle "milésienne" (tous les 32 siècles, une année multiple de 400 n'est pas bissextile), n'est rigoureuse que si l'année tropique moyenne devait garder sa valeur à celle de janvier 2000. Il ne note pas que cette proposition diminue d'un ordre de grandeur (de 26 secondes par an à moins de 3 secondes par an) la dérive de notre calendrier par rapport aux saisons.

 

Des 140 pages, 11 figures, 17 tableaux, 26 équations et 74 définitions du glossaire du livre, le rapporteur ne trouve que deux erreurs, l'une portant sur l'emploi malheureux du mot "constellation" pour "signe" du Zodiaque, l'autre portant sur une courbe indiquant l'écart du midi vrai par rapport au midi moyen à une certaine latitude, alors que cet écart ne dépend pas de la latitude (contrairement aux heures de lever et de coucher du soleil).

 

Patrick Rocher reconnaît que l'agencement des mois de 30 et 31 jours simplifie les calculs mentaux de jours de semaine, de lune, et d'écart entre dates. Il considère que le décalage de 10 jours des mois grégorien par rapport aux saisons moyennes "ne change en rien la compréhension des phénomènes climatiques, ce n'est qu'un changement d'origine". Nous laisserons les climatologues et les citoyens qui cherchent à comprendre le climat apprécier cette affirmation.

 

Patrick Rocher s'inquiète de l'expression de "précision raisonnable" pour des estimations de lunaisons ou de marées par calcul mental, qui peuvent donner des écarts de plus d'une heure. Il s'émeut de voir une méthode d'estimation de Pâques ne donner un résultat certain que 3 fois sur 4. Il semble peu conscient que dans la plupart des cas une précision de 75 minutes sur l'heure de marée suffit pour les usages courants; la "précision raisonnable" consiste à utiliser un moyen proportionné au résultat à atteindre: ici un moyen de calcul mental simple permet d'obtenir un résultat dont l'erreur reste bornée. L'astronome Jean Meeus lui-même, dans son ouvrage Calculs astronomiques à l'usage de l'amateur, propose des formules simplifiées quand le besoin de précision n'est pas élevé. Patrick Rocher omet de mentionner que l'auteur propose un calcul de la date de Pâques nouveau, exact et expliqué; et que d'autre part les méthodes d'estimation mentale de la date de Pâques ou du nouvel an chinois sont accompagnées de critères permettant de contrôler si le résultat est susceptible d'erreur.

 

En conclusion, Patrick Rocher n'est pas favorable à une réforme du calendrier, car il considère qu'elle a que peu de chance de réussir. Il est regrettable que Patrick Rocher ait compris l'ouvrage comme un appel à la réforme, alors qu'il s'agit plutôt de la définition d'un instrument nouveau, à utiliser à titre de référentiel alternatif au calendrier grégorien pour des usages scientifiques et pédagogiques appropriés.


 


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